Visiter Palma : L’itinéraire caché pour éviter les pièges à touristes

Antoon
Par Antoon

Ne commettez pas l’erreur classique. La plupart des voyageurs atterrissent à l’aéroport de Son Sant Joan, récupèrent leur voiture de location et filent directement vers les plages du Nord ou de l’Est sans accorder un regard à la capitale.

C’est un gâchis monumental.

Palma n’est pas juste une « ville étape » ou une station balnéaire générique. C’est une « petite Barcelone » sans l’insécurité, une cité millénaire où les palais de l’aristocratie espagnole côtoient des bars à tapas bruyants et des galeries d’art ultra-modernes. C’est une ville qui a une âme, une odeur de sel et d’épices, et une lumière particulière qui a rendu fou plus d’un peintre.

Mais soyons clairs : Palma peut aussi être un piège. Si vous suivez le troupeau des croisiéristes, vous finirez par manger une paella surgelée jaune fluo sur la Plaza Mayor après avoir payé 30€ de parking. J’ai conçu cet itinéraire pour vous faire vivre Palma comme un local, du café du matin jusqu’au dernier verre à Santa Catalina. Chaussez vos baskets, oubliez Google Maps, la journée va être longue.


🛑 Étape 0 : La stratégie du Parking (Lisez ça avant d’entrer en ville)

Si vous arrivez en voiture, Palma peut se transformer en cauchemar dès les premières minutes. Je pèse mes mots. La ville est quadrillée par l’ORA (la zone bleue). Se garer dans la rue est un sport de combat : les places sont rares, les parcmètres sont complexes (il faut souvent l’application locale) et le temps est limité à 2h. De plus, le centre historique est truffé de caméras (zones ACIRE) qui scannent les plaques. Si vous n’êtes pas résident, l’amende arrive chez le loueur et vous sera débitée sur votre caution avec des frais de dossier.

Mon conseil non-négociable : Ne jouez pas avec le feu. Visez directement le Parking du Parc de la Mar (sous la cathédrale).

  • L’avantage : C’est cher (environ 3€/heure), oui. Mais vous garez votre voiture au frais et vous sortez littéralement face à la cathédrale. L’effet « Wow » en sortant de l’ascenseur vaut chaque centime et vous économise une heure de stress.
  • L’alternative économique : Si vous êtes à 5€ près, garez-vous au parking de la rue Manacor ou près de la station Intermodal et marchez 15 minutes. Mais sous la chaleur de juillet, je vous le déconseille fortement.

🕘 Matin : Le Labyrinthe, la Lumière et le Silence

1. La Cathédrale (La Seu) : Le monstre de grès

Vous ne pouvez pas la rater. C’est l’une des plus hautes cathédrales gothiques d’Europe, posée comme un navire face à la mer. Mais ne vous contentez pas de la prendre en photo depuis le lac artificiel. Il faut entrer, et il faut le faire tôt (dès 10h00).

Pourquoi ? Pour la lumière. La rosace principale, « l’Œil du Gothique », projette des milliers de taches colorées sur les murs de pierre le matin. C’est un kaléidoscope naturel. À l’intérieur, cherchez la trace de Gaudí (qui a réaménagé le chœur) et surtout la chapelle controversée de l’artiste contemporain Miquel Barceló. Elle ressemble à une grotte d’argile craquelée avec des poissons et des crânes en relief. Certains trouvent ça génial, d’autres trouvent ça horrible. Faites-vous votre propre avis, mais ça ne laisse personne indifférent.

L’astuce d’expert : Ne prenez pas le billet simple. Prenez le billet qui inclut l’accès aux Terrasses. Vous monterez sur le toit de la cathédrale. La vue sur les arcs-boutants et sur toute la baie de Palma est la plus belle de la ville. Attention, il y a beaucoup d’escaliers en colimaçon (claustrophobes s’abstenir).

2. Le Palais de l’Almudaina (Le verdict rapide)

Juste en face de l’entrée de la cathédrale se trouve le Palais Royal. C’est l’ancienne forteresse musulmane reconvertie. Faut-il le visiter ? Honnêtement, si vous manquez de temps, contentez-vous de l’extérieur. L’intérieur est beau (tapisseries, cours), mais c’est assez classique. Gardez votre énergie pour la suite.

3. Perdez-vous dans le « Call » (Ancien quartier juif)

C’est mon moment préféré. Tournez le dos à la mer et enfoncez-vous dans les ruelles derrière la cathédrale (le carré formé par la rue Sant Palau et la rue Morey). Ici, le GPS ne sert à rien. Il faut lever la tête. C’est le quartier des palais urbains. Majorque a longtemps été habitée par une noblesse riche qui a construit des demeures incroyables pour se protéger de la chaleur.

Cherchez les Patios. Ces cours intérieures sont typiques de Palma : des arches en pierre, un puits au milieu, des palmiers. La plupart sont privées, mais les grilles sont ouvertes pour laisser passer l’air.

  • Le spot photo : Le patio de Can Vivot ou celui de Can Bordils. Respectez le silence, des gens vivent ici, ce n’est pas un musée.

4. Le Secret caché : Les Bains Arabes

Au milieu des églises catholiques, il reste une trace discrète mais fascinante du passé musulman de Majorque (quand la ville s’appelait Medina Mayurqa). Ce sont les Bains Arabes (Banys Àrabs), situés Carrer de Can Serra.

L’entrée coûte à peine 3€ et la visite est rapide (15-20 minutes), mais c’est une bulle hors du temps. Vous entrez dans un jardin luxuriant, un petit havre de paix rempli de palmiers, de fougères et d’orangers. Au centre, la salle des bains avec ses colonnes romanes recyclées et sa coupole percée d’ouvertures étoilées laisse passer des rais de lumière mystiques. C’est l’un des rares endroits de Palma où le silence règne encore. C’est une pause fraîcheur bienvenue en plein été quand le soleil tape fort sur les pavés.

Derrière les hauts murs du vieux Palma se cachent des jardins secrets et des patios séculaires
Derrière les hauts murs du vieux Palma se cachent des jardins secrets et des patios séculaires

🕛 Déjeuner : Le Guide Gastronomique (Esquivez l’arnaque)

Vers 13h00, vous allez arriver près de la Plaza Mayor. C’est une belle place jaune, carrée, très photogénique. Mais écoutez-moi bien : NE MANGEZ PAS ICI. C’est le royaume de la sangria en brique vendue 15€ et des tapas décongelés. C’est l’endroit où l’on plume le touriste fatigué. Traversez la place, prenez vos photos, et filez.

Manger à Palma, ce n’est pas juste commander des « tapas ». La gastronomie majorquine est rustique et savoureuse. Voici où aller et quoi commander.

Où manger ? Deux options valables

Option A : L’Authentique (Mercat de l’Olivar) Marchez 5 minutes vers le marché couvert de l’Olivar. C’est là que les locaux font leurs courses. Au rez-de-chaussée, les étals de poissons sont spectaculaires. À l’intérieur, il y a des stands où l’on mange debout ou sur des tabourets hauts. C’est bruyant, ça sent la friture et le citron, c’est génial.

Option B : Le Chic Décontracté (La Rosa Vermuteria) Si vous préférez être assis, visez La Rosa Vermuteria (près de la place Weyler). C’est une institution. Le décor est ancien, style années 50. Il y a souvent la queue, mais ça vaut l’attente.

Quoi commander ? (Ne passez pas pour un touriste)

  1. Le Tumbet : C’est la version majorquine de la ratatouille, mais frite. Pommes de terre, aubergines et poivrons nappés d’une sauce tomate à l’ail. C’est fondant et gras juste ce qu’il faut.
  2. La Sobrassada (Soubressade) : Impossible de la rater. C’est cette charcuterie de porc à tartiner, rouge vif (paprika). Pour les plus aventureux, goûtez-la chaude avec du miel (Sobrassada amb mel). Le contraste sucré-salé est une explosion.
  3. Le Pa amb Oli : Ne dites jamais que c’est une bruschetta ! C’est un pain brun local frotté avec une tomate spéciale et arrosé d’huile d’olive vierge. Simple, efficace, pas cher.
  4. L’Arròs Brut : Si vous venez en hiver, testez ce « Riz Sale ». C’est un riz en bouillon, très épicé (cannelle, safran), avec du lapin ou du poulet. Ça réchauffe l’âme.

🕑 Après-midi : Art, Vues ou Vélo ? (À la carte)

Après le repas, descendez par le Passeig del Born. C’est les « Champs-Élysées » de Palma. C’est le moment lèche-vitrine à l’ombre des platanes géants. Entrez dans le magasin Zara (oui, sérieusement) juste pour voir l’architecture : il est installé dans un ancien cinéma magnifique.

Ensuite, selon votre humeur, choisissez votre aventure :

Choix 1 : Pour les amateurs d’Art (Sur les traces de Miró)

Palma est la ville d’adoption de Joan Miró. Beaucoup de guides l’oublient, mais la Fundació Pilar i Joan Miró (à Cala Major, un peu excentrée) est un joyau. Vous y visiterez l’atelier de l’artiste, laissé intact depuis sa mort. Pinceaux, taches de peinture au sol, ébauches… c’est émouvant et puissant. Si vous voulez rester dans le centre, le musée d’art moderne Es Baluard, intégré dans les remparts, offre une terrasse (gratuite) avec une vue superbe sur le port.

Choix 2 : Pour la Vue Panoramique (Château de Bellver)

Il faut reprendre la voiture (ou un bus/taxi) car c’est sur une colline. Le Château de Bellver est l’un des rares châteaux ronds d’Europe. De là-haut, vous avez la vue « carte postale » à 360 degrés : la ville, la cathédrale, le port et la forêt. Attention, ça ferme tôt en hiver (18h).

La vue panoramique depuis le Château de Bellver
La vue panoramique depuis le Château de Bellver

Choix 3 : L’échappée belle à Portixol (Mon favori)

Si l’agitation du centre vous pèse, louez un vélo public (BiciPalma) ou une trottinette et filez vers l’Est le long de la mer. En 15 minutes, vous arrivez à Portixol. C’est l’ancien village de pêcheurs, devenu le spot le plus cool de la ville. Maisons basses colorées, promenade en bord de mer, locaux qui font leur jogging… C’est une oasis de calme. Prenez un café au Club Nautic face au coucher du soleil. C’est ici que les résidents viennent respirer le week-end.


👨‍👩‍👧‍👦 Le Joker Famille : Visiter Palma avec des enfants

Soyons francs, les vieilles pierres et le shopping intéressent rarement les moins de 10 ans. Si vous traînez des enfants dans la chaleur, la journée peut virer au drame. Voici mes jokers pour sauver la paix des ménages :

  1. L’Aquarium de Palma : Si la patience des petits atteint sa limite, filez à l’Aquarium. C’est l’un des plus beaux d’Europe, avec le bassin de requins le plus profond du continent. C’est climatisé et ça captive tout le monde pendant 3 heures.
  2. Le Parc de la Mar : Juste sous la cathédrale. Il y a de l’espace pour courir sans danger.
  3. Le Petit Train touristique : Oui, c’est kitsch à mourir. Mais quand les petites jambes sont fatiguées, le train rouge qui fait le tour de la ville est une bénédiction.
  4. La plage urbaine : La plage de Can Pere Antoni est accessible à pied depuis le centre. Une promesse de « baignade dans 30 minutes » est souvent le meilleur moyen de motiver les troupes pour finir la visite culturelle !

🕕 Soirée : Santa Catalina (Le « Soho » de Palma)

Oubliez le centre historique pour le soir. Une fois les magasins fermés, les ruelles autour de la cathédrale deviennent désertes et un peu tristes. La vie se déplace à l’Ouest, dans le quartier de Santa Catalina.

C’est l’ancien quartier des pêcheurs, devenu le repaire des expatriés scandinaves, des artistes et de la jeunesse majorquine.

Le concept du « Tardeo »

À Palma, on sort tôt. Le samedi, le « Tardeo » (faire la fête l’après-midi) commence dès 16h30. Les gens boivent des Gin Tonics dans le marché couvert de Santa Catalina qui se transforme en bar géant. Pour le dîner, la rue Carrer de la Fàbrica est entièrement piétonne et bordée de restaurants. Si vous voulez manger les meilleures Patatas Bravas de votre vie dans une ambiance surfeur, cherchez le bar El Aquanauta. Pour un cocktail bien dosé, les bars autour de la place s’animent jusqu’à 2h du matin. Ici, pas besoin de prendre un Uber pour changer d’endroit, tout se fait à pied.


🛌 Où dormir à Palma ? (La question stratégique)

Le choix de votre hôtel à Palma peut changer la couleur de votre séjour. Contrairement aux zones balnéaires, ici on paie la localisation au prix fort.

  • Le Luxe Historique (La Calatrava / Cort) : Si vous avez le budget, visez les « Boutique Hotels » dans le vieux centre. Vous dormirez dans des palais rénovés du 17ème siècle avec souvent une petite piscine sur le toit. L’hôtel SANT FRANCESC est le summum du raffinement.
  • Le Pratique & Moderne (Passeig Maritimo) : Si vous avez une voiture et que vous comptez bouger vers les plages comme Es Trenc le lendemain, ne dormez pas dans les ruelles piétonnes (enfer logistique pour les valises). Visez les grands hôtels le long du Passeig Maritimo (comme le Melia Palma Marina). Ils ont des parkings et une vue mer.
  • Le Quartier Cool (Santa Catalina) : Pour les couples jeunes qui veulent sortir. L’hôtel Hostal Cuba est mythique avec son bar sur le toit. C’est bruyant le week-end, on y dort peu mais on y vit bien.

🎒 Carnet Pratique : Ne partez pas sans savoir ça

1. Quand visiter Palma ? Toute l’année. C’est la force de la ville. Même en Hiver, quand les stations balnéaires sont des villes fantômes, Palma reste vivante. Noël à Palma est féérique. En été, visitez le matin très tôt (8h30-12h) et ressortez le soir. Entre les deux, faites la sieste ou allez au musée, la chaleur de la pierre est insupportable.

2. La taxe de séjour À l’hôtel, on vous demandera de payer l’Ecotasa. C’est environ 2€ à 4€ par personne et par jour. Prévoyez de la monnaie, certains petits hôtels la demandent en cash.

3. L’Ensaimada (Le souvenir comestible) Vous verrez des gens se balader avec des boîtes octogonales en carton. C’est de l’Ensaimada, la brioche locale au saindoux. Attention : Ne l’achetez pas à l’aéroport ! Elles sont sèches et chères. Les meilleures sont chez Forn de Sant Joan ou Horno Santo Cristo. C’est le seul souvenir que vous avez le droit de ramener (vérifiez juste avec votre compagnie aérienne, certaines considèrent la boîte comme un bagage à main supplémentaire !).

 L'Ensaimada ne se mange pas, elle se déguste. Nature, à la crème ou au chocolat, c'est le roi des desserts ici
L’Ensaimada ne se mange pas, elle se déguste. Nature, à la crème ou au chocolat, c’est le roi des desserts ici

Le mot de la fin

Palma est une ville qui récompense les curieux. Si vous restez sur l’artère principale, vous verrez une ville touristique banale. Si vous osez pousser une lourde porte en bois pour voir un patio, si vous louez un vélo pour aller à Portixol, vous tomberez amoureux.

Accordez-lui au moins 24 heures de votre voyage. Elle est le complément parfait à la vie sauvage des criques. Une fois que vous avez fait le plein de culture et de gastronomie urbaine, vous serez prêt à reprendre la route pour explorer le reste de l’île, peut-être vers les mystérieuses Grottes du Drach ou pour une journée farniente sur la plage de Caló des Moro.

Bonne visite !

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Expert de Majorque, j’ai grandi nourri aux secrets de mon grand-père espagnol. Bien avant d’y poser le pied, je connaissais l’île comme une carte au trésor. Aujourd’hui, je ne conseille pas Majorque : je la décrypte. Ici, c’est du vécu. Pas du tourisme.
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