Il faut qu’on parle sérieusement de Caló des Moro. Si vous tapez ce nom dans Google Images, vous allez tomber sur ce qui ressemble au paradis terrestre : une eau translucide qui ferait passer les Maldives pour une flaque de boue, enchâssée entre deux falaises de calcaire blanc et des pins verts.
- Pourquoi cette crique rend fou le monde entier ?
- Le Défi Numéro 1 : Où garer sa voiture ?
- La marche d’approche : Préparez vos jambes
- Sur place : « Instagram vs Réalité »
- L’astuce du local : Le combo avec Cala S’Almunia
- Quand y aller pour éviter l’enfer ?
- Ce qu’il faut absolument savoir avant de partir
- Où manger et boire après l’effort ? (Mes adresses)
- Mon verdict honnête
C’est l’image qui vend Majorque. C’est celle qui vous a probablement donné envie de prendre vos billets d’avion.
Mais il y a une réalité que la photo ne montre pas. Cette réalité, c’est la file indienne de voitures, la chaleur écrasante sur le chemin d’accès, et la serviette du voisin qui touche votre visage une fois en bas. Caló des Moro est une merveille, sans doute la plus belle crique de l’île, mais elle se mérite. Elle peut être le meilleur souvenir de vos vacances comme le pire moment de votre séjour si vous y allez la fleur au fusil.
J’y suis retourné récemment pour mettre à jour ce guide, et voici exactement comment vous devez vous y prendre pour réussir votre expédition.
Pourquoi cette crique rend fou le monde entier ?
C’est une question légitime. Après tout, Majorque compte plus de 200 plages. Pourquoi s’entasser sur celle-ci ? La réponse tient en une comparaison que j’entends souvent sur place : l’eau ressemble à du « Gatorade » ou à une piscine chlorée. Ce n’est pas une exagération, c’est de la physique.
Le fond de la crique n’est pas constitué de rochers sombres ou d’algues, mais d’un sable calcaire blanc d’une finesse extrême. C’est une combinaison géologique rare. Lorsque le soleil tape à la verticale, surtout entre 11h et 14h, ce sable agit comme un immense réflecteur. Il renvoie la lumière vers la surface à travers la colonne d’eau, créant cette luminosité presque « radioactive » qui semble venir du fond.
Ajoutez à cela l’encaissement des falaises qui protègent l’eau du vent (la surface est souvent une huile), et vous obtenez un aquarium naturel parfait. C’est un spectacle brut, sauvage, sans hôtel, sans transat, sans parasol publicitaire. C’est Majorque telle qu’elle était il y a 50 ans… la foule en plus

Il faut aussi savoir que Caló des Moro n’a pas toujours été ce spot à la mode. Jusque dans les années 90, c’était le secret jalousement gardé des habitants de Santanyi. Il n’y avait pas d’Instagram, pas de géolocalisation. On y descendait en famille le dimanche avec des glacières énormes. L’érosion a aussi fait son œuvre : il y a trente ans, la plage de sable était beaucoup plus large. Aujourd’hui, la mer reprend ses droits, ce qui explique pourquoi l’espace est devenu une denrée si rare.
Le Défi Numéro 1 : Où garer sa voiture ?
Oubliez tout de suite l’idée de vous garer « au plus près ». C’était possible il y a quelques années, mais la mairie de Santanyi a (à juste titre) sifflé la fin de la récréation pour protéger la tranquillité des riverains du petit hameau de Cala Llombards.
Aujourd’hui, les règles sont strictes et la police locale ne plaisante pas. Tout le quartier résidentiel adjacent à la crique est réservé aux habitants. Vous verrez des lignes jaunes et des panneaux d’interdiction partout. Ne tentez pas le diable : l’amende tombe vite et la fourrière est active en été.
La seule et unique option viable est le parking gratuit aménagé spécifiquement pour les visiteurs. Il est situé bien en amont, le long de la route qui mène à Cala Llombards. Il est grand, mais il se remplit à une vitesse folle. Si vous arrivez et que la barrière est baissée ou qu’un agent vous fait signe de continuer, n’insistez pas. C’est complet.
C’est pour cela que la location d’une petite voiture est un atout ici, elle se faufile mieux qu’un gros SUV.
La marche d’approche : Préparez vos jambes
Une fois la voiture garée, l’aventure commence. Et quand je dis aventure, je parle d’une marche d’environ 15 à 20 minutes. Ce n’est pas une promenade de santé en tongs.
Vous allez d’abord longer la route goudronnée dans le lotissement (Carrer des Castellet), avant de bifurquer vers un sentier plus sauvage. C’est là que ça se corse. Le chemin est terreux, poussiéreux et parsemé de racines. En plein été, l’odeur des pins chauffés à blanc est enivrante, mais la chaleur est intense car il y a peu d’ombre.
L’accès final à la plage se fait par un escalier de roche assez raide. C’est souvent là que se crée le « bouchon » humain. Les gens montent, les gens descendent, certains s’arrêtent pour la photo… La patience est votre meilleure alliée. Si vous avez des personnes âgées avec vous ou des enfants en bas âge en poussette, faites demi-tour. L’accès n’est absolument pas adapté pour eux. Pour les familles, je recommande mille fois la plage voisine de Cala Llombards, accessible directement en voiture et avec du sable fin.
Sur place : « Instagram vs Réalité »
C’est le moment de vérité. Vous arrivez en bas, la vue est époustouflante, vous avez le souffle coupé. Mais vous réalisez vite un détail crucial : la plage est minuscule.
Selon les années et les tempêtes de l’hiver, la quantité de sable varie. Parfois, il y a 20 mètres de plage, parfois à peine 5 mètres. La majorité des visiteurs finissent par s’installer sur les rochers en hauteur ou dans les anfractuosités de la falaise. Le confort est spartiate. On est assis sur la pierre, on pose sa serviette en boule pour se faire un oreiller, et on essaie de ne pas glisser.
L’ambiance est particulière. Ce n’est pas une plage où l’on joue au ballon ou aux raquettes. C’est une plage de contemplation et de baignade. Le bruit résonne contre les parois rocheuses, créant un brouhaha continu de conversations en toutes les langues.
Le Guide du Photographe : Réussir le cliché parfait à Calo des Moro
Soyons honnêtes, 80% des visiteurs viennent pour ramener « La » photo. Mais réussir son cliché ici n’est pas si simple à cause des contrastes violents. J’ai vu trop de gens repartir déçus avec des photos surexposées.
Si vous voulez la photo iconique (celle vue d’en haut avec les bateaux qui semblent léviter), ne descendez pas tout de suite sur la plage. Le meilleur point de vue se trouve sur le sentier qui longe la falaise côté droit (quand on regarde la mer). Il y a un petit promontoire naturel, souvent encombré, qui offre l’angle parfait.
Le secret de la lumière : Le piège, c’est l’ombre. Comme la crique est orientée Sud-Est et très encaissée, la falaise de droite plonge la plage dans l’ombre dès 16h00 ou 17h00 même en été. Si vous venez en fin d’après-midi, l’eau aura perdu son éclat turquoise pour devenir bleu marine foncé. Pour la photo « Bleu Lagon », le créneau idéal est entre 10h00 et 14h00, quand le soleil est au zénith et éclaire le fond.
Attention aussi aux filtres. La couleur naturelle est déjà tellement saturée que si vous rajoutez un filtre « Vivid » ou « Warm » sur votre téléphone, le résultat fera faux. La beauté de Caló des Moro se suffit à elle-même.
L’astuce du local : Le combo avec Cala S’Almunia
La plupart des touristes s’arrêtent à Caló des Moro, prennent leur photo, se baignent 30 minutes et repartent, épuisés par la foule. C’est une erreur.
Si vous continuez le chemin (il y a un petit sentier qui relie les deux), vous tombez sur Cala S’Almunia. C’est l’ancienne crique des pêcheurs. Ici, pas de sable, mais des rampes de mise à l’eau pour les barques et une roche lisse sculptée par les vagues.

L’ambiance y est beaucoup plus détendue. C’est le spot préféré des locaux pour sauter des rochers. Il y a aussi une arche naturelle magnifique (Es Maquer) sous laquelle on peut nager. C’est souvent ici que je finis ma matinée pour sécher au soleil plus tranquillement après la baignade agitée de Caló des Moro.
Quand y aller pour éviter l’enfer ?
Il n’y a pas de secret miracle, mais il y a des fenêtres de tir.
La première option, c’est le réveil aux aurores. Soyez au parking à 8h00 du matin maximum. Vous profiterez de la descente à la fraîche, et vous découvrirez la crique quasi déserte. C’est le seul moment où la magie opère vraiment. L’eau est un miroir, le silence est total. Vers 10h00, la foule arrive par vagues entières. C’est le signal de votre départ.
La seconde option, plus risquée mais gratifiante, c’est la fin de journée, vers 18h30 ou 19h00. Le gros des troupes est reparti dîner à l’hôtel. La lumière change, les falaises deviennent dorées. Attention cependant, comme la crique est encaissée et orientée Sud-Est, l’ombre gagne la plage assez tôt dans l’après-midi. Vous n’aurez plus de soleil direct sur le sable, mais l’eau reste chaude.
Ce qu’il faut absolument savoir avant de partir
Pour éviter les déconvenues, gardez ces trois points en tête. Premièrement, il n’y a aucun service. Pas de bar, pas de vendeur de glaces, et surtout pas de toilettes. Prenez vos dispositions avant et emportez au moins 1,5L d’eau par personne.
Deuxièmement, la question des déchets. Il n’y a pas de poubelles sur la plage (c’est un espace naturel protégé). Tout ce que vous apportez doit remonter avec vous. C’est triste à dire, mais on trouve souvent des bouteilles coincées dans les rochers. Ne soyez pas ce touriste-là.
Enfin, attention aux drones. Le spot est tentant, mais la réglementation aux Baléares est stricte, surtout au-dessus des zones de foule et des espaces protégés. Les gardes de l’environnement (IBANAT) veillent et confisquent le matériel sans hésiter.
Où manger et boire après l’effort ? (Mes adresses)
Après avoir remonté la pente en plein soleil et marché 20 minutes dans la poussière, je vous garantis que vous aurez faim et soif. Comme il n’y a rien sur place, voici mon plan d’attaque habituel pour ne pas reprendre la voiture pour rien.
Si vous voulez rester dans le coin, remontez vers le village de Cala Llombards. Il n’y a pas grand-chose, mais il y a l’essentiel. Pour une ambiance locale, visez le petit bar du village pour une bière bien fraîche et un « Pa amb Oli » (pain frotté à la tomate et à l’huile). C’est simple, pas cher, et ça remet d’aplomb.
Si vous êtes prêt à faire 10 minutes de voiture, filez à Santanyi. C’est l’un des plus beaux villages du sud. C’est l’option chic pour le déjeuner. Les jours de marché (le mercredi et le samedi matin), c’est noir de monde, mais les autres jours, c’est très agréable. J’aime particulièrement m’arrêter au restaurant Es Cantonet pour sa cuisine méditerranéenne dans un cadre de vieille pierre, ou plus simplement prendre une glace artisanale sur la Plaza Mayor en regardant la vie passer.

Une autre option stratégique si vous avez encore envie de mer mais avec du confort : le chiringuito de Cala Llombards (la plage voisine). Là-bas, on vous sert du poisson grillé les pieds dans le sable, avec une vue magnifique mais sans l’inconfort des rochers. C’est souvent là que je termine la journée pour me « récompenser » de l’effort fourni à Caló des Moro.
Mon verdict honnête
Est-ce que Caló des Moro vaut le coup ? Oui. C’est indéniablement l’un des plus beaux endroits de la Méditerranée. La couleur de l’eau justifie à elle seule le voyage.
Mais n’y allez pas pour passer une « journée plage » détente avec un bouquin. Allez-y pour l’expérience visuelle, pour la baignade dans un aquarium naturel, et acceptez les contraintes qui vont avec. Si vous cherchez du confort et de l’espace, filez plutôt à Es Trenc ou Cala Mesquida. Si vous cherchez la beauté brute et que vous êtes prêt à marcher, alors foncez, mais réglez votre réveil.

