Majorque en 1 semaine : Le circuit exact pour ne rien rater (sans courir)

Antoon
Par Antoon

Vous avez sept jours devant vous. C’est à la fois beaucoup et terriblement court pour une île qui fait la taille d’un petit département français. La première erreur que font 90% des voyageurs, c’est de regarder la carte de Majorque et de se dire : « Oh, ça a l’air petit, on peut tout faire depuis un seul hôtel ».

C’est le meilleur moyen de passer vos vacances dans votre voiture.

La géographie de Majorque est traître. La Serra de Tramuntana, cette muraille de montagnes classée à l’UNESCO qui protège tout l’Ouest de l’île, transforme n’importe quel trajet de 30 kilomètres en une expédition d’une heure. Traverser l’île du Sud au Nord est rapide grâce à l’autoroute, mais dès que vous voulez toucher la côte sauvage, les temps de trajet explosent.

J’ai conçu cet itinéraire avec une obsession : l’optimisation logistique. Le but n’est pas de cocher des cases sur une liste, mais de construire une boucle cohérente qui minimise la fatigue et maximise le temps passé dans l’eau ou devant un coucher de soleil. Nous allons diviser le séjour en deux zones géographiques distinctes pour éviter les allers-retours inutiles.

Préparez votre playlist, réglez vos rétroviseurs, on part pour une semaine de route.


La Stratégie du « Double Camp de Base »

Avant même de parler de Jours 1 ou 2, parlons de vos nuits. Si vous réservez un seul hôtel pour la semaine (par exemple à Palma), vous allez vous épuiser. Pour atteindre le Cap de Formentor au Nord depuis Palma, c’est 1h15 aller, 1h15 retour. Idem pour les criques de l’Est. Au bout de trois jours, vous détesterez la route.

La solution d’expert consiste à couper la poire en deux. Vous allez passer vos 4 premières nuits dans le Sud-Est. Ciblez le triangle formé par Campos, Santanyi et Colonia de Sant Jordi. C’est la zone la plus aride, la plus sauvage, celle des terres rouges et des murets de pierre sèche. C’est surtout l’accès direct aux plus belles criques (Calo des Moro, Llombards) sans avoir à traverser l’île le matin.

Pour les 3 dernières nuits, nous migrerons vers le Nord-Ouest. Visez Alcudia (pour la plage et l’accès rapide), Pollensa (pour le charme) ou Port de Sóller (pour l’ambiance montagne). Si vous hésitez encore sur la ville exacte, jetez un œil à notre comparatif des meilleures zones où dormir à Majorque. Vous serez ainsi aux premières loges pour attaquer les routes mythiques de Sa Calobra et Formentor avant l’arrivée des bus touristiques.


Jour 1 : Apprivoiser le Monstre Urbain (Palma)

On ne vient pas à Majorque pour la ville, mais on y revient pour elle. Palma est une capitale vibrante, bruyante, sophistiquée. L’erreur classique est de vouloir s’y garer « gratuitement » dans les rues résidentielles. Oubliez ça tout de suite. Entre les zones ORA (lignes bleues) limitées à 2h et les zones ACIRE (réservées aux résidents avec caméras), vous allez prendre une amende.

Foncez directement au parking souterrain du Parc de la Mar. Oui, il coûte cher (comptez environ 3€ l’heure), mais la sortie piétonne vous propulse littéralement face à la Cathédrale, avec le lac artificiel au premier plan. L’effet visuel vaut l’investissement.

Le Matin : Lumière et Patios

Commencez par la Cathédrale (La Seu). Mais ne vous contentez pas de la nef centrale. Il faut absolument prendre le billet spécifique pour les terrasses. Vous marcherez sur les toits, entre les arcs-boutants, avec une vue plongeante sur les patios du palais de l’Almudaina et la baie de Palma. C’est là-haut que l’on comprend pourquoi cette ville a toujours été convoitée par les pirates. En redescendant, perdez-vous dans le quartier derrière la cathédrale, autour de la rue Carrer de Morey. C’est le silence absolu. Regardez à travers les grilles des portails : vous verrez les fameux patios majorquins, ces cours intérieures pavées avec des palmiers et des puits, vestiges de l’architecture seigneuriale.

Le Déjeuner : L’épreuve du marché

À midi, évitez comme la peste les restaurants de la Plaza Mayor. C’est le piège à touristes par excellence. Marchez dix minutes vers le Mercat de l’Olivar. C’est un marché couvert qui sent le poisson frais et le citron. Au fond de la halle aux poissons, des comptoirs cuisinent la pêche du jour sous vos yeux. Commandez une « Fritura variada » (friture de poissons) ou des gambas de Sóller à la plancha. On mange debout, au coude-à-coude avec les locaux, dans un brouhaha joyeux. C’est ça, le vrai Palma. Si vous voulez d’autres adresses secrètes pour cette journée, consultez notre itinéraire détaillé pour visiter Palma à pied.

L’Après-midi et le Soir

Gardez l’après-midi pour le shopping sur le Passeig del Born (les Champs-Élysées locaux) et terminez la journée dans le quartier de Santa Catalina. C’est l’ancien quartier des pêcheurs, devenu le repaire des expatriés et de la jeunesse dorée. La rue de la Fàbrica est piétonne et aligne les terrasses. Pour un verre, le toit de l’Hostal Cuba offre une vue imprenable sur le port au coucher du soleil.


Jour 2 : La Guerre des Criques (Sud-Est)

Aujourd’hui, nous allons chercher l’image de carte postale : l’eau turquoise translucide. Mais attention, nous ne sommes pas seuls. La gestion de l’horaire est cruciale.

Votre cible prioritaire est Caló des Moro. C’est sans doute la plus belle crique de l’île, une piscine naturelle encadrée de falaises blanches. Mais c’est aussi la plus petite. Il n’y a quasiment pas de sable, juste des rochers. La règle est simple : vous devez être garé au parking gratuit (indiqué sur Google Maps, ne tentez pas de vous garer dans le lotissement résidentiel sous peine de fourrière immédiate) avant 09h00 du matin. Passé cet horaire, vous devrez marcher des kilomètres ou faire demi-tour. La descente est un peu raide, gardez vos baskets aux pieds. Une fois en bas, la récompense est absolue. L’eau est si claire que les bateaux semblent flotter dans les airs.

Calo des Moro à Majorque

Vers midi, quand la foule devient oppressante, remontez et filez vers Cala Figuera. Ce n’est pas un lieu de baignade, mais un port de pêche traditionnel qui a résisté au bétonnage. Ici, pas d’hôtels géants, juste des maisons de pêcheurs blanches aux volets verts qui plongent directement dans l’eau. C’est l’endroit idéal pour déjeuner un poisson grillé au restaurant Bon Bar ou L’Arcada, avec vue sur les barques (les llaüts) qui rentrent de la pêche.

Pour l’après-midi, si vous voulez du sable et de l’espace, visez Cala Llombards ou, encore plus sauvage, le Parc Naturel de Mondragó. La plage de S’Amarador, accessible par un petit sentier côtier, est souvent moins bondée que sa voisine et offre un cadre naturel préservé de toute construction.


Jour 3 : Les Profondeurs et les Phares

On reste sur la côte Est, mais on remonte un peu vers le Nord. C’est une journée plus variée, mêlant géologie et patrimoine.

Impossible de parler de l’Est sans évoquer les Grottes du Drach à Porto Cristo. Alors soyons honnêtes : c’est une industrie. Les groupes s’enchaînent, on avance à la queue leu-leu. C’est le tourisme de masse dans ce qu’il a de plus intense. ET POURTANT… il faut y aller. Pourquoi ? Parce que le Lac Martel, enfoui dans les entrailles de la terre, est une merveille. Le moment où les lumières s’éteignent et où les barques arrivent doucement avec les musiciens jouant du Chopin est kitchissime, mais étrangement émouvant. Prenez le premier créneau du matin (10h) pour éviter la plus grosse affluence.

Pour le déjeuner, fuyez Porto Cristo qui manque d’âme et poussez jusqu’à Portocolom. C’est mon coup de cœur de la côte Est. La baie est immense, protégée, et le vieux quartier autour de l’église a gardé un charme fou avec ses maisons colorées. On y mange très bien (le restaurant HPC ou Sa Llotja pour se faire plaisir) sans se sentir pris pour un portefeuille ambulant.

L’après-midi, grimpez (en voiture) jusqu’au Phare de Capdepera ou au château médiéval qui domine la ville. Les jours de beau temps, on devine les côtes de Minorque à l’horizon. C’est un point de vue venteux, sauvage, qui contraste avec la chaleur des plages.


Jour 4 : La Grande Traversée vers le Nord

C’est le jour charnière. On fait les valises, on quitte le Sud aride pour rejoindre le Nord montagneux.

Sur la route, faites une halte obligatoire au village de Pollença (à ne pas confondre avec le Port de Pollença). C’est une ville de pierre ocre, nichée au pied de la montagne. Le défi du jour : monter les 365 marches du Calvari. C’est un escalier bordé de cyprès qui monte droit vers une petite chapelle. Vos mollets vont brûler, mais la vue sur les toits de tuiles et la campagne environnante est spectaculaire. En redescendant, récompensez-vous avec une glace artisanale sur la Plaça Major.

L’après-midi change radicalement de décor. Vous allez découvrir Playa de Muro. Oubliez les petites criques rocheuses du Sud. Ici, c’est la Floride. Six kilomètres de sable blanc, une eau turquoise laiteuse et surtout, une profondeur très faible. On a pied sur 50 mètres. Si vous avez des enfants, c’est le paradis. Si vous aimez nager, il faudra marcher longtemps. L’emblème du lieu, c’est ce long ponton en bois qui s’avance dans la mer, d’où partent les bateaux d’excursion. C’est le spot photo incontournable.

Installez-vous dans votre nouvel hôtel le soir. Vous êtes désormais idéalement placés pour les deux plus grosses journées du voyage.


Jour 5 : Le Cap de Formentor (Mission Commando)

Aujourd’hui, nous allons au bout du monde, à la pointe Nord de l’île. Mais attention, l’accès au Phare de Formentor est devenu un casse-tête juridique. Pour protéger la nature, la route est désormais interdite aux véhicules privés de 10h00 à 22h30 pendant la saison estivale (généralement de juin à septembre).

Il y a des caméras qui lisent les plaques d’immatriculation. Si vous passez, c’est une amende automatique. Le système est strict, mais il existe des astuces pour aller à Formentor sans payer l’amende, notamment en jouant sur les horaires.

Vous avez donc deux stratégies :

  1. La stratégie du lève-tôt (recommandée pour les photographes) : Vous passez la barrière de contrôle (située à la sortie du Port de Pollença) avant 10h00 du matin. Une fois que vous êtes dans la zone, vous pouvez circuler, vous garer au phare, profiter de la vue vertigineuse sur les falaises de 300 mètres, et redescendre quand vous voulez.
  2. La stratégie détente : Vous laissez la voiture au parking gratuit du Port de Pollença et vous prenez un bateau. Les navettes maritimes vous déposent à la Plage de Formentor. C’est une plage étroite, bordée de pins, très chic (l’hôtel mythique Formentor est juste là). L’arrivée par la mer est majestueuse et vous évite les virages serrés de la route.

Quel que soit votre choix, ne manquez pas le point de vue du Mirador Es Colomer sur le chemin du retour. Le rocher en forme d’aileron de requin qui sort de l’eau est l’une des images les plus puissantes de Majorque.


Jour 6 : Dompter le Serpent (Sa Calobra)

Si vous aimez conduire, c’est le grand jour. Si vous avez le vertige, respirez un grand coup. La route MA-2141 qui descend vers Sa Calobra est unique au monde. Elle a été dessinée par l’ingénieur Antonio Parietti pour épouser la montagne sans tunnel. Le résultat est un enchaînement de virages en épingle, dont le fameux « Nœud de Cravate » (Nus de Sa Corbata), un virage à 270 degrés où la route passe sous elle-même.

Attention au timing : Cette route est le terrain de jeu des autocars. Croiser un bus dans une épingle est une expérience stressante. Pour les éviter, descendez avant 10h30 (quand ils arrivent) ou après 13h00 (quand ils sont tous en bas pour le déjeuner). Utilisez votre frein moteur à la descente. Si vous appréhendez ce trajet, lisez mon guide complet sur la conduite dangereuse à Sa Calobra pour vous rassurer avant de partir.

Au bout de la route, ce n’est pas fini. Garez-vous (parking payant et cher, pas le choix) et marchez vers la droite. Vous traverserez deux tunnels creusés dans la roche avec des petites fenêtres donnant sur la mer. Au bout du tunnel, le choc : le Torrent de Pareis. C’est un canyon géant, une faille dans la montagne qui débouche sur une petite plage de galets. L’acoustique est incroyable, le décor est lunaire. C’est sans doute le lieu le plus impressionnant de l’île.

Pour le retour, arrêtez-vous à Port de Sóller pour manger une glace à l’orange et voir passer le vieux tramway en bois qui grince le long de la promenade.

Vieux tramway bois Port de Soller
Le tramway historique de Sóller : une touche de nostalgie au pied des montagnes.

Jour 7 : L’Adieu Romantique (Valldemossa & Deia)

Pour cette dernière journée, on laisse la voiture un peu plus tranquille pour flâner. Nous sommes au cœur de la Serra de Tramuntana culturelle.

Première étape : Valldemossa. C’est le village de carte postale par excellence, tout en pierre blonde et volets verts, noyé dans les fleurs. Chopin et George Sand y ont passé un hiver (froid et humide, selon leurs mémoires), ce qui a rendu le lieu célèbre. Visitez la Chartreuse si vous aimez l’histoire, mais le vrai plaisir est simplement de marcher dans les ruelles pavées loin de la rue principale. Goûtez absolument à la spécialité locale : la Coca de Patata. C’est une petite brioche à la pomme de terre, très aérienne, saupoudrée de sucre. Avec un chocolat chaud ou un café, c’est le petit-déjeuner des champions.

Continuez ensuite par la route côtière (MA-10) vers Deia. La route longe la falaise, les vues sont à couper le souffle. Deia est le village des artistes, des poètes et… des milliardaires. L’ambiance y est bohème-chic. Montez jusqu’au petit cimetière en haut de la colline : c’est paradoxalement l’un des plus beaux points de vue de l’île sur la mer.

Si vous voulez une dernière baignade, descendez à Cala Deia. Attention, la route est étroite et le parking minuscule. C’est une crique de gros galets (chaussures d’eau indispensables, vraiment), mais l’eau y a une couleur émeraude unique. Il y a un petit restaurant de bric et de broc perché sur le rocher (Ca’s Patro March) qui a servi de lieu de tournage à la série The Night Manager. Manger un poisson là, les pieds au-dessus de l’eau, est la meilleure façon de dire au revoir à Majorque.


Le Bilan Financier : Combien ça coûte vraiment ?

Soyons réalistes, Majorque n’est plus une destination bon marché. Pour une semaine comme celle-ci, pour deux personnes en 2026, voici le budget à prévoir :

  • Location de voiture (7 jours) : Comptez environ 300€ pour une citadine type Fiat 500 si vous réservez 2-3 mois à l’avance. En dernière minute l’été, ça peut doubler.
  • Essence : La montagne consomme. Prévoyez 80€ à 100€.
  • Hébergement : Pour des hôtels corrects (3 étoiles ou agroturismo simple), difficile de trouver sous les 120€/nuit en saison. Soit 840€ la semaine.
  • Nourriture : En alternant pique-niques le midi et petits restos le soir, comptez 50€ par jour et par personne.

C’est un budget, mais cet itinéraire vous garantit de voir le vrai visage de l’île, pas juste celui de la piscine de l’hôtel.

Adapter l’itinéraire : Mes conseils pour votre profil

Cet itinéraire est une base idéale, mais chaque voyageur est différent. Voici comment modifier la boucle selon vos contraintes réelles (parce qu’on ne voyage pas tous de la même façon).

👶 Vous voyagez avec des enfants en bas âge ?

Le Jour 2 (Criques du Sud) peut être un calvaire avec une poussette ou des petits qui ont besoin de sieste. L’accès à Caló des Moro est escarpé et il n’y a pas d’ombre. L’alternative famille : Remplacez cette matinée par la plage de Cala Gran à Cala d’Or ou restez la journée entière au Parc de Mondragó (plage S’Amarador). C’est du sable fin, il y a de l’ombre sous les pins, et un accès facile. Le reste du circuit (surtout Playa de Muro et le train de Sóller) est un sans-faute pour les enfants.

🚌 Vous n’avez pas le permis de conduire ?

Soyons francs : faire ce tour complet en bus est impossible en 7 jours. Les connexions transversales (Est vers Nord) sont trop longues. Mon conseil : Ne changez pas d’hôtel. Basez-vous uniquement à Palma (Gare Intermodal). De là, prenez les bus directs pour Valldemossa (Ligne 203), pour la plage d’Es Trenc (Ligne 501) et le train pour Sóller. Vous en verrez moins, mais vous ne passerez pas vos vacances à attendre à un arrêt de bus en plein soleil.

☔️ Que faire si la météo se gâte ?

Même en été, un orage de montagne est possible. Si le ciel est gris, ne restez pas à l’hôtel :

  • Option Vin : C’est le moment de visiter les bodegas autour de Binissalem (au centre de l’île).
  • Option Sport : Le Rafa Nadal Museum à Manacor est couvert et interactif.
  • Option Shopping : Le centre FAN Mallorca est une valeur sûre pour sauver une après-midi pluvieuse.

🔄 Dans quel sens tourner ?

Je vous ai proposé la boucle Sud > Est > Nord > Ouest (sens des aiguilles d’une montre). C’est le meilleur choix pour une raison simple : le Crescendo. Vous commencez par le « plat » et les plages, et vous finissez par le spectaculaire (la Montagne, Sa Calobra, Deia). Finir le séjour par un coucher de soleil sur la côte Ouest laisse un souvenir bien plus fort que de finir par une station balnéaire du Sud.

Suivre :
Expert de Majorque, j’ai grandi nourri aux secrets de mon grand-père espagnol. Bien avant d’y poser le pied, je connaissais l’île comme une carte au trésor. Aujourd’hui, je ne conseille pas Majorque : je la décrypte. Ici, c’est du vécu. Pas du tourisme.
Aucun commentaire