C’était un mercredi de août, vers 22h30, quelque part entre Alcúdia et Can Picafort. Une famille française m’a abordé en panique devant ma voiture : leur fils de huit ans avait de la fièvre à 39,5°C depuis plusieurs heures, ils ne connaissaient pas un mot d’espagnol et leur hôtel leur avait juste répondu « llamad al 112 ». Ils ne savaient pas ce que ça voulait dire, ni s’il fallait appeler une ambulance ou prendre leur voiture. En dix minutes, je les avais orientés vers le PAC d’Alcúdia, à quatre kilomètres. Une heure plus tard, le gamin était soigné, avec une ordonnance en main et les parents soulagés.
- La pharmacie majorquine, premier filet de sécurité du touriste
- Le PAC, le maillon que presque personne ne connaît
- La CEAM, le document que la moitié des touristes oublient chez eux
- Pharmacie, médecin, urgences à Majorque : quel numéro appeler en cas de vrai problème
- Les hôpitaux de Majorque et leur rôle réel pour le touriste
- Ce que les touristes soignent le plus souvent à Majorque
- Quelques mots espagnols qui évitent les malentendus
- Le récapitulatif que vous devriez prendre en photo
Ce que cette famille ignorait, comme la majorité des touristes, c’est que Majorque dispose d’un réseau médical solide, bien structuré, et largement accessible aux Européens sans débourser un centime, à condition de connaître les codes. Le problème n’est pas le système : c’est qu’on arrive sur l’île en pensant aux plages et jamais à la question de que faire si on tombe malade à Majorque. Ce guide répond à cette question de façon directe, selon la gravité de la situation.
Premier principe à retenir : il y a trois niveaux de recours médical ici, et choisir le mauvais niveau vous coûtera des heures d’attente inutiles ou, pire, vous fera rater une prise en charge sérieuse. La pharmacie, le PAC, les urgences hospitalières. Chacun a son rôle. Les confondre est l’erreur la plus courante des vacanciers.
La pharmacie majorquine, premier filet de sécurité du touriste
La croix verte lumineuse est l’une des enseignes les plus visibles de l’île. Vous en trouverez dans chaque village, même les plus petits, et en nombre suffisant dans les zones touristiques pour ne jamais être loin de l’une d’elles. Les horaires habituels sont 9h-13h30 et 16h30-20h, avec une fermeture le dimanche.
C’est le premier niveau de la prise en charge : pour une insolation légère, une diarrhée de voyage, une piqûre d’insecte, une petite coupure, un début de coup de soleil, le pharmacien majorquin est compétent, disponible, et souvent capable de se débrouiller en anglais voire en français dans les stations touristiques.
Ce qui change par rapport à la France : les pharmaciens espagnols ont une marge d’autonomie plus large pour vous conseiller des médicaments sans ordonnance. N’hésitez pas à décrire vos symptômes directement au comptoir. Pour les médicaments délivrés sur ordonnance, il vous faudra impérativement passer par un médecin d’abord, la procédure est la même qu’ailleurs.

La vraie question se pose la nuit ou le week-end. Il y a toujours une farmacia de guardia (pharmacie de garde) ouverte 24h/24 dans chaque secteur de l’île. Deux façons de la trouver : l’adresse est affichée sur la vitrine de toute pharmacie fermée, ou vous appelez le 11 888, un numéro national qui vous localise et vous donne l’adresse de la pharmacie de garde la plus proche. Vous pouvez aussi taper « farmacia de guardia » dans Google Maps, ça fonctionne parfaitement. Ne composez pas le 112 pour ça : ce numéro est réservé aux urgences médicales réelles, pas pour localiser de l’ibuprofène à minuit.
Le PAC, le maillon que presque personne ne connaît
Le PAC (Punt d’Atenció Continuada, ou Centre d’Attention Continue) est l’équivalent d’une maison médicale de garde permanente. C’est là où vous devez aller pour tout ce qui dépasse la pharmacie mais ne justifie pas les urgences hospitalières : fièvre persistante, angine, otite, gastro sérieuse, petite fracture, entorse, plaie à suturer, infection cutanée. Les PAC ont leurs propres médecins, leur propre service d’urgences de premier niveau, et parfois des spécialistes de base. Les attentes y sont sensiblement plus courtes que dans les hôpitaux, surtout en haute saison.
Le réseau est dense. Les principaux PAC sont à Palma (plusieurs, selon les quartiers), Alcúdia, Manacor, Inca, Calvià, Felanitx, Llucmajor, Pollença, Santanyí et dans d’autres communes. Si vous logez dans un hôtel, demandez à la réception de vous indiquer le PAC le plus proche : ils connaissent tous. Si vous êtes dans une location, demandez à n’importe quelle pharmacie : c’est leur réflexe.
Pour ceux qui randonnent sur les sentiers de la Serra de Tramuntana, notamment le GR221 qui traverse des zones éloignées de tout village, identifier le PAC le plus proche du point de départ de votre étape avant de partir n’est pas de la paranoïa, c’est du bon sens. Une entorse dans les pierres à 900 mètres d’altitude avec le PAC de Sóller à 30 minutes de voiture, ça change tout de savoir qu’il existe.
La question revient souvent : vaut-il mieux aller au PAC ou directement aux urgences ? La réponse est presque toujours le PAC. Les urgences hospitalières sont dimensionnées pour les cas qui engagent le pronostic vital. Pour le reste, le PAC traite exactement les mêmes pathologies, avec les mêmes médecins, et sans la salle d’attente bondée de juillet.
La CEAM, le document que la moitié des touristes oublient chez eux
La Carte Européenne d’Assurance Maladie est le document le plus important de votre trousse de voyage à Majorque, et c’est celui qu’on oublie systématiquement parce qu’on ne l’a jamais eue ou qu’elle a expiré. Voici ce qu’elle fait concrètement : elle vous donne accès aux soins dans tous les établissements publics espagnols (PAC, hôpitaux publics) dans les mêmes conditions que les assurés espagnols, c’est-à-dire sans avancer un seul euro. Vous présentez la carte à l’accueil, on vous prend en charge, terminé.

La demander prend cinq minutes sur ameli.fr. La carte physique arrive en 15 jours. Si vous partez avant ça, le site génère un certificat provisoire qui a la même valeur juridique. La CEAM est individuelle et nominative : chaque membre de votre famille, y compris les enfants, doit avoir la sienne. Elle est gratuite, valable deux ans, et se renouvelle en ligne. Si vous ne l’avez pas sur vous à Majorque, les soins ne vous seront pas refusés, mais vous devrez avancer les frais et demander un remboursement partiel à votre CPAM à votre retour, sur la base du barème français, ce qui peut laisser un reste à charge significatif. Pour être soigné sans avancer un centime dans le système public, la CEAM est obligatoire.
Attention à un piège classique : certaines cliniques à Majorque font coexister un secteur public et un secteur privé sous le même toit. Si on vous oriente vers la partie privée sans vous le préciser explicitement, votre CEAM ne couvre rien. Demandez systématiquement : « ¿Es el servicio público? » Oui ou non, la réponse est claire.
Pharmacie, médecin, urgences à Majorque : quel numéro appeler en cas de vrai problème
Le 112 est le numéro d’urgence universel en Espagne. Il regroupe ambulances médicalisées (SAMU), pompiers et police nationale. Il fonctionne 24h/24, les opérateurs sont multilingues (anglais systématique, espagnol, et souvent d’autres langues selon les équipes). Votre appel est géolocalisé : pas besoin de connaître votre adresse exacte si vous êtes sur une plage ou une route, ils vous trouvent. C’est le numéro à composer pour tout ce qui engage la vie : malaise cardiaque, noyade, fracture ouverte, coup de chaleur grave, réaction allergique sévère.
Le 061 est le numéro spécifique du SAMU baléare. Si vous avez besoin d’une ambulance médicalisée et que vous connaissez déjà la nature de l’urgence médicale (crise cardiaque, perte de connaissance, accident grave), ce numéro vous met directement en contact avec la régulation médicale sans passer par le filtre pompiers/police. En pratique, le 112 redirige vers le 061 si nécessaire : les deux fonctionnent.
La règle que j’applique moi-même : 112 dès qu’une vie est potentiellement en danger, PAC pour tout ce qui peut attendre une demi-heure de route, pharmacie pour le reste. Aller aux urgences de Son Espases pour une angine un dimanche de juillet, c’est s’exposer à 4 à 5 heures d’attente dans une salle bondée. Ce n’est pas faute de compétence médicale, c’est simplement la règle du triage : les cas non urgents attendent, les cas graves passent en priorité.
Les hôpitaux de Majorque et leur rôle réel pour le touriste
L’île dispose de quatre grands hôpitaux publics. L’Hospital Universitario Son Espases (Carretera de Valldemossa, 79, Palma) est le centre de référence des Baléares : 1 020 lits, 26 blocs opératoires, 40 box d’urgences, plus de 152 000 passages aux urgences par an. C’est là qu’on vous transfère pour tout ce qui dépasse les capacités d’un PAC. Accessible en bus (ligne 20) depuis le centre de Palma, il dispose d’un héliport pour les transferts médicaux depuis d’autres zones de l’île. L’Hospital Son Llàtzer (route de Manacor km 4, Palma) gère les urgences 24h/24 avec une unité spécialisée dans les brûlés et une maternité. Pour le nord et l’est de l’île, l’Hospital d’Inca et l’Hospital de Manacor couvrent leurs zones respectives avec des services d’urgences complets.

Du côté privé, la Clínica Juaneda mérite une mention spéciale pour les touristes. Elle dispose de traducteurs gratuits en plusieurs langues, d’un service d’urgences 24h/24, et d’une formule appelée « Juaneda Accessible » qui permet, même sans assurance privée, d’obtenir rapidement une consultation spécialisée, des analyses, une radio, à des tarifs affichés à l’avance. Pratique si vous avez besoin d’un deuxième avis ou d’un spécialiste sans attendre les délais du public.
La réalité des temps d’attente aux urgences en haute saison mérite d’être dite clairement. Pour un cas non urgent (entorse, otite, coupure qui n’implique pas de risque vital), attendez entre 4 et 5 heures aux urgences d’un hôpital un samedi de juillet ou août. Ce n’est pas un dysfonctionnement, c’est le système de triage européen standard. La différence entre hôpital public et clinique privée sur ce point est quasi nulle. Allez au PAC.
Ce que les touristes soignent le plus souvent à Majorque
La gastro est le numéro un des consultations estivales à Majorque. Contrairement à ce qu’on entend souvent, l’eau du robinet est potable sur l’île, mais elle a un goût de chlore prononcé qui décourage beaucoup de monde. La plupart des gastros viennent des repas pris sur le pouce, d’une exposition prolongée à la chaleur sur des produits frais mal conservés, ou d’une hydratation insuffisante. Une gastro légère (24-48h), c’est la pharmacie et du repos. Si ça dure au-delà de 48h avec fièvre, c’est le PAC.
Les coups de chaleur et les insolations arrivent en deuxième position. En juillet et août, les températures flirtent régulièrement avec les 36°C et l’humidité amplifie la sensation de chaleur, surtout la nuit. Un coup de chaleur léger (maux de tête, fatigue, nausées) : pharmacie, réhydratation, ombre. Un coup de chaleur grave (perte de coordination, confusion, fièvre au-dessus de 40°C, peau sèche et brûlante) : c’est le 112 immédiatement, pas le PAC. Le coup de chaleur grave est une urgence vitale.
Les otites externes liées à la baignade intensive, les coupures sur les rochers des criques, les entorses de cheville sur les sentiers de randonnée et les coups de soleil sévères (cloquants) complètent le tableau. Ces quatre situations se règlent toutes au PAC. Pour les piqûres de méduses, la pharmacie suffit dans la grande majorité des cas, sauf réaction allergique sévère qui nécessite le 112. Si vous êtes allergique connu aux hyménoptères, emportez votre EpiPen : les pharmacies majorquines ne dispensent pas l’adrénaline auto-injectable sans ordonnance espagnole.
Sur le coût : avec la CEAM, une consultation au PAC public ne vous coûte rien. Sans CEAM et dans le système privé, comptez entre 60 et 120 euros pour une consultation de médecine générale, et davantage pour un spécialiste ou des examens. La Clínica Juaneda affiche ses tarifs en entrée, ce qui permet d’éviter les mauvaises surprises.
Quelques mots espagnols qui évitent les malentendus
Le personnel médical à Majorque parle espagnol (castillan) et catalan (majorquin). L’anglais est courant dans les hôpitaux et les grandes cliniques, moins systématique dans les PAC des villages. Le français est rare. Voici le minimum vital pour se faire comprendre sans passer pour un touriste complètement perdu :
- Estoy enfermo/enferma : Je suis malade
- Me duele aquí : J’ai mal là (en montrant)
- Tengo fiebre : J’ai de la fièvre
- Necesito un médico : J’ai besoin d’un médecin
- ¿Dónde está la farmacia de guardia? : Où est la pharmacie de garde ?
- Tengo alergia a… : Je suis allergique à…
- ¿Es el servicio público? : Est-ce le service public ? (pour la CEAM)
Ces sept phrases suffisent à ouvrir la communication dans 90% des situations. Les médecins espagnols sont habitués aux touristes européens non hispanophones, ils trouveront un moyen de se faire comprendre. La patience et le calme font le reste. Ne jamais hausser le ton ni montrer de l’impatience : l’accueil administratif des hôpitaux espagnols n’est pas là pour vous pénaliser, mais la bureaucratie a son rythme propre, et s’énerver n’a jamais accéléré un tampon.
Y a-t-il des médecins francophones à Majorque ? Dans les grandes cliniques privées comme Juaneda, oui : des traducteurs sont disponibles gratuitement. Dans les hôpitaux publics et les PAC, ne comptez pas sur le français. L’anglais passe partout, l’espagnol de base suffit pour le reste.
Le récapitulatif que vous devriez prendre en photo
| Situation | Où aller | Numéro |
|---|---|---|
| Rhume, petite coupure, piqûre, insolation légère | Pharmacie (farmacia) | 11 888 (garde) |
| Fièvre, angine, otite, gastro >48h, entorse, suture | PAC (Centre de santé) | 112 pour localiser |
| Fracture, douleur thoracique, réaction allergique sévère | Urgences hôpital / ambulance | 112 ou 061 |
| Arrêt cardiaque, noyade, coup de chaleur grave, accident | Ambulance immédiate | 112 |
Une dernière chose, et c’est peut-être la plus concrète de tout cet article : prenez votre CEAM avant de partir, vérifiez sa date d’expiration, et faites-en une photo sur votre téléphone. Si vous perdez votre portefeuille à la plage, ce qui arrive davantage à Majorque qu’on ne veut bien l’admettre en haute saison, la photo suffit dans la plupart des établissements publics pour initier la prise en charge. Cinq minutes sur ameli.fr avant votre départ peuvent vous épargner plusieurs centaines d’euros de frais médicaux avancés et une réclamation administrative à votre retour.

